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Eve, ma douce Eve...

Une année après Gene Hackman à Santa Fe, alors que les fans de la génération 78 pleurent Chuck Norris depuis quelques jours, une de ses partenaires (d'un épisode uniquement), notre Eve Teschmacher Valerie Perrine s'en est allée.


L'annonce de son décès à l'âge de 82 ans à son domicile de Beverly Hills a été faite par son ami Stacey Souther, producteur du film Valerie (2019), sur Facebook le 23 mars 2026. Valerie Perrine a donné vie à un personnage iconique de l'univers de Superman au cours d'une carrière de plus de 40 ans (1972-2016) stoppée par la maladie de Parkinson.


Eve, notre douce Eve est partie... sans que son parcours ne passe inaperçu.



Une histoire digne d'Hollywood

Née durant la deuxième guerre mondiale à Galveston au Texas le 3 septembre 1943, la jeune Valerie Perrine débutera sa carrière d'actrice en 1972 selon un parcours atypique et que l'on dirait facilement comme "sorti des cartons d'Hollywood". Elle n'avait pas ambitionné de devenir actrice et, comme le rappelait Souther en 2023 à Hollywood Reporter (THR), elle a eu une vie qui aurait pu basculer très tôt et se terminer sans éclat.


Fille de lieutenant-colonel et d'une danseuse écossaise, la texane est allée vivre avec sa famille militaire au Japon à 3 ans et, toute petite déjà, elle ne passait pas inaperçue puisqu'à 4 ans, elle dansait même devant l'Empereur du Japon en montrant ses cheveux blonds. Toute la famille est de retour en 1950 à Phoenix en Arizona lorsque son père doit revenir à la vie civile, non sans difficulté. Elle fera alors sa première année de psychologie à l’université d’Arizona avant de "s'enfuir" à Las Vegas pour y devenir danseuse, au grand dam de ses parents, entre la recherche des projecteurs et la crainte d'être une charge pour eux.


La jeune Perrine aidera sa famille financièrement grâce à ce travail et rencontrera même l'amour jusqu'à être fiancée à Bill Haarman un importateur prospère et un collectionneur d’armes à feu qui vivait à Beverly Hills. Cependant le futur époux devait mourir en janvier 1969, un mois avant leur mariage, parce que son arme tombée au sol lui tira une balle en plein cœur par accident et le tua sur le coup. Valerie Perrine n'en sortira jamais vraiment indemne. À 25 ans, elle est danseuse au Stardust Hotel dans la revue "Le Lido à Paris" et fait des rencontres qui peuvent la faire entrer dans le grand monde. Pourtant, en août 1969, c'est finalement un rendez-vous manqué faute de doublure pour la remplacer sur scène qui lui a permis d'échapper à la mort. La fête ratée allait entrer dans l’histoire comme la tragédie de Benedict Canyon à Los Angeles durant laquelle la famille Manson massacrait six personnes dont Sharon Tate et Jay Sebring, son nouvel ami coiffeur des stars.


Valerie Perrine dans Slaughterhouse-Five (1972)


Après Las Vegas où elle a frappé à toutes les portes pour du travail, un passage par l'Europe après la mort d'Haarman et son retour à Los Angeles, ce drame constitue malgré tout le point de départ d'un parcours à Hollywood. Sa plastique avantageuse lui ouvre des portes et l'aide à lancer sa carrière. Elle est repérée par un directeur de casting Robert Walker lors d’un dîner, et peu après, elle passait un casting pour le personnage de Montana Wildhack dans le film Slaughterhouse-Five, sorti en 1972. Dans le décalé Steambath, elle devient la première actrice à apparaître délibérément nue à la télévision américaine, en dévoilant entièrement ses seins dans une scène. Elle donne aussi la même année la réplique à Jeff Bridges dans The Last American Hero (1973). Dans cette romance avec un jeune pilote, la femme de 30 ans incarne Marge Dennison et elle est déjà magnétique face au jeune premier.




En 1974, elle est à l'affiche de Lenny incarné par Dustin Hoffman. Elle y joue le rôle d'Honey Bruce, la femme strip-teaseuse de Lenny Bruce, et réalise une performance qui lui a valu des récompenses à Cannes et aux BAFTA ainsi qu’une nomination aux Oscars dans la catégorie meilleure actrice. L'histoire gardera en parallèle à cela que la star de cinéma montante qualifiée de "bombe sexuelle intellectuelle", a de nouveau échappé à la mort. En effet, alors qu'elle montait à bord d’un petit avion pour se rendre au Festival de Saint-Sébastien pour promouvoir le film, l’avion s’est écrasé au décollage perdant une aile et son train d’atterrissage dans l’accident. Elle en sort miraculeusement indemne, comme si une bonne étoile existait au-dessus d'elle.





Salutations Eve

Après différents films et téléfilms, elle entre en 1978 dans l'univers supermanesque en tant qu'Eve Teschmacher, l'assistante personnelle du génie du crime Lex Luthor, joué par Gene Hackman. Elle y apparait vénéneuse, décalée et délicate, associée au machiavélique Luthor, mais sauve Superman/Christopher Reeve de la kryptonite. On la retrouve ensuite en 1980 dans le deuxième opus dans la Forteresse de Solitude. Valerie Perrine a alors campé un nouveau personnage qui deviendra iconique dans le lore.




L'après Superman

Après le deuxième film, elle poursuit sa carrière d'actrice avec plus ou moins de succès.

Malgré le rôle principal dans la comédie When Your Lover Leaves en 1982 ou dans Una Casa a Roma en 1989, on la retrouve uniquement pour enrichir le casting aux côtés de quelques grands acteurs américains de l'époque dans des films très variés (comiques, dramatiques ou romantiques...) au succès également très variable : Rod Steiger (W.C. Fields et moi, 1976), Terence Hill (Mr. Billion, 1977), Robert Redford (Le Cavalier électrique, 1979), Robert Mitchum (Les espions dans la ville, 1980), Jack Nicholson et Harvey Keitel (The Border, 1982), Michael Caine (Water, 1986)...


Elle indiquait à People comme à Hollywood Reporter que sa vie avait été "haute en couleur", entre relations multiples, LSD et drogues et bien des choix de carrière que l'on pourrait discuter. Par exemple, elle racontait qu'elle aurait probablement dû dire oui à Body Heat en 1981 et non à Can’t Stop the Music en 1980, le méga-flop musical la mettant en vedette avec les Village People. Cela aurait tué sa carrière, disait-elle, et il est difficile de penser le contraire quand il est indiqué à l'occasion que ce film aurait notamment inspiré la création des Golden Rasperry Awards alias les Razzie Awards.



En effet, c'est un tournant dans sa carrière et sa belle étoile semble s'amenuiser à partir des années 1980. Elle n'est plus vraiment une tête d'affiche ni une actrice de premier plan, même si elle continue à jouer dans des séries, téléfilms et films de second rang - à l'exception peut-être de Ce que veulent les femmes en 2000 - jusqu'à son dernier film Silver Skies en 2016.


Mais comme dans les récits hollywoodiens, son histoire ne pouvait pas s'achever sans une conclusion toute particulière.



Le combat contre Parkinson

Selon Stacey Souther, la période de 9 années passées à Las Vegas avait altéré son corps au point de présenter "les mêmes signes d’usure que celui d’un joueur de la NFL". Il précisait qu'elle "dansait douze spectacles par semaine à Las Vegas, dans [un] costume très lourd, à monter et descendre les escaliers. Elle a fait ça pendant neuf ans. Ça a fini par la rattraper".

En conséquence, Perrine avait des problèmes de dos et a dû subir une opération chirurgicale de fusion vertébrale vers 2010, alors qu'elle connaissait Stacey Souther depuis peu. Quelques mois plus tard en 2011, elle a eu les premiers tremblements dits "essentiels" sur un plateau de tournage avant qu'un des Noël ultérieurs son frère neurologue, spécialiste du diagnostic des troubles neurologiques, ne détecte cette fois les tremblements parkinsoniens typiques.


En 2014, Valerie Perrine a subi une opération de stimulation cérébrale profonde, au cours de laquelle des électrodes ont été placées dans son cerveau et reliées à un stimulateur implanté dans sa poitrine. C'est à cet époque que Souther a décidé de prendre une caméra pour filmer l’intervention. Ces images ont donné lieu au court métrage documentaire Valerie sorti en 2019 en hommage à l'actrice, à sa carrière, à sa vie personnelle, présentant son intimité et son combat quotidien face à la maladie. La maladie était si coûteuse qu'aujourd'hui un GofundMe existe pour aider à financer ses soins et hélas aujourd'hui ses funérailles.




La "Betty Boop sensuelle, avec ses yeux bleus angéliques, son petit nez retroussé et ses lèvres en bouton de rose" selon le New York Times en 1974, s'en est allée après avoir bravé la mort à plusieurs reprises. Elle a lutté de nombreuses années face à la maladie et est finalement partie.


Cette danseuse est devenue une certaine icône durant une ère hollywoodienne particulièrement dynamique, créative et libérée. Elle aura marqué de son empreinte une génération par son physique hors norme, même si sa carrière cinématographique n'a pas été la plus primée.


Valerie Perrine


Pour notre part, nous lui dirons juste au revoir Eve, douce Eve... dont l'histoire est si singulière.


JA


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